Ecole : l’égalité passe par la mixité sociale



Les détracteurs des décrets inscriptions successifs ont réussi à faire croire que les problèmes d’inscriptions sont nés avec le décret du même nom. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un exploit mais aussi d’une imposture ! Tant, et ce depuis des années, la problématique des inscriptions scolaires recèle de lourdes injustices, des pratiques discriminatoires et arbitraires, qui annihilent la mixité sociale au sein de l’école et font de notre enseignement un des plus inégalitaires qui soit.   

En effet, pour beaucoup d’étudiants issus de familles modestes, de milieu populaire, le parcours des inscriptions scolaires est semé d’embûches, de vexations et d’humiliations. Aujourd’hui, cette humiliation s’est encore approfondie, du sentiment que cette réalité n’interpelle personne. Tout se passe comme si certains élèves étaient condamnés à être surnuméraires au sein même du système scolaire. Existe-il donc un destin qui réserve à certains« l’excellence » et à d’autres « les écoles poubelles» ?

Les enquêtes Pisa successives (200, 2003, 2006, 2009) l’ont révélé sans fard : notre système scolaire est marqué par sa dualité et par le fait qu’il génère l’échec scolaire. Longtemps, les progressistes de tout bord, ont habité l’école d’un rêve démocratique, d’un idéal égalitaire. En l’état actuel de la situation, l’école que nous voulions vecteur d’émancipation sociale est en passe de devenir l’un des plus puissants facteurs d’exclusion sociale.

Dès lors, Infor Jeunes Laeken se fait un devoir de porter témoignage d’une réalité restée muette et invincible, et peu relayée, sinon pas du tout, par les médias. Depuis de nombreuses années déjà, nous accueillons au quotidien, des jeunes et des familles blessés dans leur rapport à l’école. Ceux-ci nous racontent combien il peut être périlleux de faire valoir son choix d’une école.

Des témoignages qui en disent long

C’est, par exemple, une maman qui nous explique, que maîtrisant mal le français, elle s’est fait éconduire au secrétariat et n’a pu obtenir de rendez-vous avec la direction. Sa demande d’inscription n’a évidemment jamais été prise en compte puisqu’elle n’existe pas administrativement. Cette maman blessée s’est sentie diminuée face à son enfant, peu crédible et peu efficace.

Autre exemple : c’est un jeune garçon en demande d’inscription en 4ème année qui s’entend répondre qu’il n’y a plus de place dans l’école , mais qui apprend quelques jours plus tard , qu’un voisin a été inscrit , après que lui-même aie essuyé un refus. Venu se renseigner sur ses droits auprès de nos services, nous lui apprenons qu’en tout état de cause l’école à l’obligation de lui délivrer une attestation de refus d’inscription. Le jeune devient fou de rage, car l’école l’a berné, l’école lui a menti.

C’est encore des parents qui nous disent avec leurs mots, que le directeur les a reçus mais qu’il les a découragés : « vous savez, votre enfant, je dis cela pour son bien , il ne va pas se sentir bien ici , les enfants peuvent-être méchants , il est trop différent », ….ou encore une maman qui a fait des pieds et des mains pour inscrire son enfant dans une école dite réputée, qui y est parvenue, mais consternée, constate que pour se faire accepter, son enfant s’invente des vacances en Grèce , pays qu’il n’a jamais visité .

Ce sont d’autres parents encore, nombreux qui nous expliquent, que la direction de l’établissement a attiré leur attention sur le coût des voyages de fin d’études. Ceux-ci sont parfois prohibitifs. Ces efforts financiers ne sont pas à la portée de tous.

Ces témoignages que nous avons reçus en disent long, et ont tous des points communs : les parents, les jeunes, après avoir affronté des refus d’inscriptions, font état de leur désarroi, du sentiment de rejet et d’impuissance qui les animent. Beaucoup disent s’être sentis méprisés, voire diminués dans leurs rôles de parents.

Nous sommes convaincus que l’on sous-estime fortement l’impact de ce « traumatisme ».

En effet, l’imaginaire des parents investi encore l’école d’espoir et de futur. Que l’on y prenne garde, s’il est un rôle dans lequel l’Etat est encore attendu en milieu populaire, c’est bien dans sa fonction d’éducation.

Alors, pourquoi un tel silence, une telle apathie ?

Nécessité d’une régulation collective et d’une mixité sociale à l’école

D’une souffrance vécue en terme individuel, il semble encore difficile à ce jour d’accéder à une parole collective, à des revendications, car nombre de ces familles ne bénéficient ni de réseaux sociaux étendus, ni du bagage culturel leur permettant un accès facile à la parole publique et aux médias.

Aujourd’hui, le débat sur l’enseignement est dominé par des concepts, qui de prime abord semblent éminemment « sympathiques». Tel que l’autonomie des écoles, le choix d’un projet pédagogique adapté à l’enfant et le libre choix des parents.

Toutefois, déclinés en matière d’inscriptions, ces mêmes concepts présentent un visage nettement moins souriant. Laissé à l’appréciation des directions, l’expérience l’indique à suffisance : l’inscription dans une école relève trop souvent du pouvoir discrétionnaire de la direction, du fait du prince.

Seul un véritable processus de régulation collective peut offrir des garanties d’équité.

Pourquoi ? Car un tel processus a pour objectif majeur de promouvoir la mixité sociale, principal garant d’une école d’une école de la réussite pour tous.
Mais, la mixité sociale, c’est quoi ? Pour le dire d’un mot, c’est avoir des écoles qui sont hétérogènes socialement.  C’est-à-dire des écoles où des élèves issus de milieux défavorisés côtoient, vivent leur scolarité, et apprennent avec des jeunes issus au départ de milieux plus favorisés.
C’est là l’enjeu majeur du décret inscription mis au point par le gouvernement de la Communauté française. Voici donc, en résumé, les raisons qui ont fait que le choix de la mixité sociale s’est imposé comme une urgence et une priorité aux yeux de l’exécutif :

·         La mixité sociale permet, lorsqu’elle s’accompagne de bonnes pratiques pédagogiques, de relever dans une classe le niveau des plus faibles sans pour autant faire diminuer le niveau des plus forts ;
·         C’est la mission de l’école - payée par les impôts de tous - de contribuer à diminuer les difficultés liées à l’origine socioéconomique des enfants ;
·         La mixité sociale à l’école est le moment unique dans notre société de l’apprentissage du vivre-ensemble ;
·         En démocratie, l’école a pour mission de favoriser l’émancipation sociale de tous, et non de conforter les avantages des seuls « bien-nés » ;
·         La mixité sociale permet de réduire la concurrence entre les établissements scolaires - qui est un des facteurs principaux de l’échec scolaire.

Concernant ce dernier point, rappelons que l’école en Communauté française est caractérisée par une situation de quasi-marché exacerbé. C’est une telle situation qui a creusé le fossé entre les « écoles de riches » pratiquant une sélection sociale impitoyable, et les écoles « poubelles » où se concentrent les problèmes socio-économiques et pédagogiques !
Promouvoir la mixité sociale c’est donc vouloir en finir avec cette logique de fracture et d’inégalité. Et vouloir cela, c’est aussi contribuer à réduire avec force l’échec scolaire, qui, comme tout le monde le sait, se paie chez nous d’un prix exorbitant.  

Sensibiliser et informer : les enjeux de la campagne Marguerite
         
    Enfin, promouvoir ces valeurs doit aller de pair, certes avec une volonté politique de les favoriser, mais également avec une large sensibilisation et information des jeunes et de leurs familles, principalement ceux issus des milieux les plus défavorisés.

     En effet, les indicateurs de l’enseignement (cf. http://enseignement.be/index.php?page=26287&navi=3077&rank_navi=3077) mettent en évidence qu’il existe une corrélation statistiquement significative  entre l’échec scolaire et le niveau socioéconomique des familles.

En voici la démonstration, statistiques à l’appui :

Le premier tableau statistique ci-dessous fait ressortir clairement l’importance croissante du retard scolaire du général au professionnel, en passant par le technique de transition et le technique de qualification. Au plus l’on déplace horizontalement le curseur vers la droite (du général vers le professionnel), au plus le taux d’élèves « à l’heure » (c-à-dire, n’ayant jamais redoublé) diminue :





     Or, le deuxième tableau statistique (ci-dessous) révèle un indice socioéconomique des quartiers de plus en plus faible, lorsque l’on considère le public en partant du général vers le professionnel (du haut vers le bas, sur le tableau) :



Bilan : lorsque l’on croise les résultats des deux tableaux, il en résulte sans ambiguïté qu’il existe bien une corrélation statistique entre l’échec scolaire et le niveau socioéconomique des familles.

A cela il convient d’ajouter que la variable socioéconomique, elle-même, est souvent corrélée au « capital » culturel : c'est-à-dire l’ensemble des ressources de connaissances qui vont permettre aux élèves de familles aisées d’avoir dès le départ de leurs études une longueur d’avance sur les moins nantis.

En conséquence, il y a lieu de faire porter l’effort d’information et de sensibilisation là où le besoin est le plus criant : c'est-à-dire vers les milieux populaires, là où le capital culturel ne coïncide pas avec celui de la culture dominante que véhicule l’école (celle des classes moyennes et supérieures).

Voilà pourquoi Infor Jeunes Laeken a décidé, avec un large partenariat associatif, de lancer une campagne de sensibilisation aux inscriptions scolaires dans le 1edegré du secondaire.  Cette campagne a pour emblème la « marguerite » : symbole de l’école de la réussite ; elle a démarré au mois de janvier 2011 et se poursuit jusqu’en avril de cette année.

Plus de détails sur cette action ? Consulte www.inforjeunes-bxl.be  
Bibliographie :