Questions d'Infor Jeunes à M-D Simonet, Ministre de l’enseignement obligatoire et de la promotion sociale.



Madame la Ministre,

Différents organes de presse se sont fait l’écho, ce 16 novembre 2010, d’une enquête du Segec (Secrétariat général de l’enseignement catholique) menée au sein des directions des établissements de son propre réseau. 

Il en résultait, au dire de cette enquête, que le décret aurait « manqué sa cible » quant à son objectif de mixité sociale.  Vous avez le jour même répondu à ces allégations par voie de presse. Néanmoins, votre réaction nous laisse perplexe, et, pour tout dire, totalement insatisfaits. Car, si, dans vos déclarations, vous avez défendu certaines qualités techniques du décret, vous avez laissé apparaître comme quasiment facultatif l’objectif prioritaire de la mixité sociale.

Or,  cet objectif constitue l’un des enjeux majeurs  sous-tendant le décret. En effet, faut-il le rappeler : la mixité sociale tend à réduire la concurrence entre les établissements scolaires (et donc la dualisation du système), qui est un des facteurs essentiels de l’échec scolaire ; elles permet, comme l’ont montré de multiples études en sciences de l’éducation, de relever dans une classe le niveau des plus faibles sans pour autant faire diminuer le niveau des plus forts ; elle est le moment unique dans notre société de l’apprentissage du vivre ensemble. C’est en  raison en de ces motivations fortes que les partenaires gouvernementaux de l’Olivier se sont prononcés  pour fixer cet objectif comme prioritaire.
Dès lors, votre absence de réactivité à ce sujet nous a étonnés et nous amène à formuler les questions suivantes :
      L’objectif de mixité sociale lié au décret inscriptions n’est, en l’état, pas assorti d’une obligation de résultats.  Quelles mesures incitatives envisagez-vous pour corriger les résultats insuffisants et atteindre pleinement cet objectif incontournable ?
        
     Ce qui a fait le plus cruellement défaut en amont des inscriptions, c’est le manque de moyens accordés à l’information de proximité pour promouvoir le décret auprès des publics censés en être les premiers bénéficiaires (les publics des milieux populaires).  Des témoignages des familles (recueillis par des associations telles que Infor Jeunes), il ressort, notamment, que bon nombre de parents étaient insuffisamment informés des critères de priorités. Dès lors, quelles décisions comptez-vous prendre pour donner à l’information de proximité la place qui lui revient ?
  
   
      Suite à la diffusion en juin 2010 de la video d’Infor Jeunes révélant des pratiques discriminatoires au moment des inscriptions, vous vous étiez engagée en séance plénière du parlement, Madame la Ministre, à prendre les sanctions requises à l’encontre des établissements qui s’adonnaient à de telles pratiques. Nous sommes en novembre, qu’en est-il des suites données à cette affaire ? »

D'autre part, le décret inscriptions vise à introduire plus d’égalité à l’entrée du secondaire. Toutefois, nul n’ignore qu’il ne pourra pas solutionner à lui seul la problématique des inégalités. Dès lors, nous voudrions faire le point à ce jour sur d’autres chantiers ouverts par le « contrat pour l’école », et vous  poser, Madame la Ministre, la question suivante :

      Les filières techniques et professionnelles souffrent de leur image de marque. Le fait d’en avoir fait jusqu’ici des filières de relégation contribuent grandement à la dualisation de notre enseignement,  ainsi qu’à la reproduction des inégalités. Dès lors, qu’en est-il  actuellement du processus de revalorisation des filières techniques et professionnelles ?

Ensuite, toujours  dans l’axe des priorités du « contrat pour l’école », et plus particulièrement dans le cadre du développement des bonnes pratiques scolaires aptes à combattre les inégalités et à favoriser une école de la réussite pour tous,  nous voudrions vous poser également  la question suivante :

Par rapport aux élèves en difficultés, la question de la remédiation scolaire se pose. Celle-ci devrait être immédiate et assumée par l’école. Or, force est de constater qu’à l’heure actuelle cette fonction de remédiation est principalement entre les mains du secteur privé qui en a fait un marché fort lucratif, accessible aux seuls familles qui en ont les moyens, creusant du même coup le fossé des inégalités. Comment envisagez-vous les choses dans un contexte actuellement aussi inéquitable ?   

Enfin, parallèlement aux décrets inscriptions, et toujours dans l’axe des priorités du « contrat pour l’école :

    Un problème majeur lié à l’école est le déficit d’orientation. Ce déficit est confirmé par  l’ensemble des associations de terrain qui ont pour mission d’aider et d’informer les jeunes tout au long de leurs parcours scolaire. Comment comptez-vous améliorer  l’orientation dans une perspective d’une école de la réussite ?


      
                                       L'équipe d'Infor Jeunes Laeken, novembre 2010