Mixité, on a tous a y gagné

Les trois décrets ont fait couler beaucoup d’encre, et suscité des interpellations diverses relayées par les médias, qui, selon nous, ne contribuent pas à réaffirmer suffisamment les vrais enjeux des décrets en question. Il nous semble pourtant que cela devrait être le rôle et la mission d’un organe de presse – surtout lorsque celui-ci relève du service public – d’expliciter auprès du grand public la portée et les enjeux de telles mesures.
Il nous semble donc important, voire prioritaire vu l’interprétation que d’aucuns en donnent, de rappeler clairement la fonction et la pertinence de telles mesures.
Et pour ce faire, il convient tout d’abord de prendre conscience que la mixité sociale n’est ni une finalité en soi, ni un mot magique pétri de bonnes intentions ou de vague sentimentalité égalitaire comme certains de ses opposants semblent le suggérer. 
En effet, au stade actuel, la mixité sociale est devenue la condition urgente et le moyen incontournable pour combattre l’échec et l’abandon scolaire, si tant est que l’on se sente un tant soit peu concerné par l’efficacité et l’équité de notre enseignement en Communauté française. Et cela pour plusieurs raisons, que de nombreuses enquêtes scientifiques internationales (PISA, OCDE) ont objectivées et confirmées à plusieurs reprises ces dernières années.
Parmi ces raisons, rappelons en premier lieu qu’il a été mis en évidence que la mixité sociale à l’école, du fait de l’hétérogénéité des publics apprenants qu’elle induit, tend à élever le niveau d’apprentissage de ceux dont le capital culturel de départ est plus faible sans pour autant diminuer le niveau de ceux qui démarrent dans la vie en étant dotés d’un capital culturel plus élevé.
Ensuite, la mixité sociale tend à réduire également l’esprit de concurrence entre les établissements scolaires. Cette concurrence, dans le contexte de quasi-marché dans lequel notre enseignement s’inscrit, est un puissant facteur de dualisation aux effets délétères, dont l’un des plus prégnants est l’existence d’écoles-ghettos ou écoles « poubelles »,  qui contrastent violemment avec les écoles de nantis  avant tout soucieuses de maintenir l’homogénéité du groupe d’appartenance.
Une telle configuration est de nature à pérenniser le taux global de l’échec scolaire, avec toutes ses conséquences non seulement en termes d’abandon, mais aussi de précarisation et d’exclusion.
Favoriser la mixité sociale dans les écoles constitue donc une priorité et une urgence, car, contrairement aux idées reçues, en Communauté française ce n’est pas notre enseignement qui coûte cher, mais bien l’échec scolaire !