L'école aujourd'hui : mission éducative ou service à la clientèle ?

Le ministère de l’éducation est le garant de la qualité de l’enseignement, comme tout le monde s’accorde à le souligner. C’est à ce titre qu’il a mis en route en novembre dernier le décret mixité, dont l’objectif est d’introduire plus de régulation à l’entrée du secondaire en vue de rendre notre enseignement moins inégalitaire. Les parlementaires de la Communauté française ont donc eu raison de voter pareille mesure l’été dernier, et ce en dépit des imperfections méthodologiques apparues lors de son application.

Le décret est une pièce parmi d’autres d’un dispositif beaucoup plus large intégré au contrat pour l’école, dont l’enjeu crucial est d’améliorer l’équité et l’efficacité de notre enseignement secondaire dans son ensemble.

Il est dès lors ahurissant qu’au nom de ces imperfections, d’aucuns (comme l’asbl Elèves) en appellent aujourd’hui à déconstruire l’ensemble du décret ainsi que la visée essentielle qu’il comporte.

Un tel appel trouve toutefois sa logique explicative dans la configuration qui caractérise l’espace scolaire tant à Bruxelles qu’en Wallonie : celle d’un marché entièrement dérégulé.

En effet, pareille configuration permet aux plus favorisés de souscrire à un « marketing tribal » dont ils ont évidemment intérêt à pérenniser l’effectivité, tout en repoussant ce qui serait de nature à le perturber.  Car, jusqu’à présent dans notre beau pays, les inscriptions scolaires se jouent selon une relation de connivence : la même que celle qui s’opère entre une « marque » (les écoles d’élites) et ses clients privilégiés (les familles « bien nées »), et qui en l’espèce s’appuie sur des valeurs homogènes communes (celles de la culture dominante) pour fonctionner.

Le décret mixité remet en question cette logique de privilèges, et, ce faisant, il confère à notre système scolaire sa véritable portée : celle qui consiste à promouvoir un enseignement de qualité pour tous, et non à ménager les avantages de quelques clients-rois.