Décret inscription 2010 : pourquoi il faudra aller plus loin

Le nouveau décret a le mérite de fixer des balises techniques précises (quoique fort complexes) en matière d’inscriptions dans le 1e degré du secondaire. Ce faisant, il introduit positivement un minimum de régulation dans le quasi-marché scolaire qui caractérise notre système d’enseignement en Communauté française de Belgique.
Néanmoins, ce décret ne répond pas, loin s’en faut, à toutes les attentes de celles et ceux qui, majoritairement, aspirent à un système d’enseignement moins inégalitaire. Les raisons sont, pour l’essentiel, les suivantes :


-         Le décret laisse intacte la « boîte noire » que constitue la rencontre entre la direction de l’école et les parents. Cette rencontre est, pour certaines écoles qui adoptent un positionnement élitiste, le moment où les stratégies de sélection sociale peuvent s’exercer à plein (dissuasion à s’inscrire dans l’école en question, et « encouragement » à aller voir ailleurs).

-         Le décret poursuit un objectif de mixité sociale (en accordant, dans les écoles où la demande excède l’offre, 20% des places aux élèves issus des milieux défavorisés, c’est-à-dire dotés d’un indice socioéconomique faible). On espère toutefois que cet objectif sera plus qu’un vœu pieux, dans la mesure où le sacro-saint principe du « libre choix » rend impossible toute obligation de résultat.

-         Le décret ne prend pas en compte le problème du degré différencié : les élèves qui n’auront pas obtenu le C.E.B. (diplôme d’école primaire) à l’issue de la 6e primaire, devront obligatoirement aller dans une 1e année différenciée (1D). Or, ni le décret, ni aucune autre législation, ne contraint les écoles à l’organiser. Dès lors, quid des élèves qui n’obtiendront pas le C.E.B. et qui sont néanmoins inscrits dans une école secondaire dépourvue de degré différencié ?

-         En termes de communication auprès du public, les concepteurs du décret ont prévu notamment un numéro vert et un site web. Mais qu’en est-il d’une véritable information de proximité pour les familles qui ont le plus de difficultés à s’approprier l’information : c’est-à-dire, principalement les familles des quartiers populaires. Or, c’est peu dire que le décret est techniquement complexe, et qu’il requiert des outils de communication adaptés !

-         Plus globalement, le décret ne concerne que le 1e degré ; or, la dualisation du système scolaire commence dès l’enseignement fondamental. Il serait aventureux de l’oublier !

Il y a lieu pour le politique de prendre en compte ces différents paramètres afin d’aller plus loin. Sans quoi, les effets des mesures décrétales risqueraient de ne pas être à la hauteur des objectifs fixés. 

Infor Jeunes, ainsi que ses partenaires du monde associatif, seront particulièrement attentifs au déroulement du processus d’inscriptions, et ils ne manqueront pas d’exercer leur fonction d’interpellation face à tout signe de dérapage.