Conférence de presse du 6 mai 2009 : décret mixité, propositions concrètes pour aller de l'avant (FEF, Infor Jeunes Laeken, LDDE, APED, Mrax)

Les détracteurs des décrets successifs «Arena» et « Mixité sociale » ont réussi à faire croire que les problèmes d’inscriptions sont nés avec lesdits décrets. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un exploit mais aussi d’une imposture, tant et ce depuis des années la problématique des inscriptions recèle de lourdes injustices, des pratiques discriminatoires et arbitraires. Pour beaucoup d’étudiants issus de familles modestes, de milieu populaire, le parcours des inscriptions scolaires est semé d’embûches, de vexations et d’humiliations. Aujourd’hui cette humiliation s’est encore approfondie, du sentiment que cette réalité n’interpelle personne. Tout se passe comme si certains élèves étaient condamnés à être surnuméraires au sein même du système scolaire. Existe-il donc un destin qui réserve à certains« l’excellence » et à d’autres « les écoles poubelles» ?

Les enquêtes Pisa l’ont révélé sans fard : notre système scolaire est marqué par sa dualité et par le fait qu’il génère l’échec scolaire. Longtemps, les progressistes de tout bord, ont habité l’école d’un rêve démocratique, d’un idéal égalitaire. En l’état actuel de la situation, l’école que nous voulions vecteur d’émancipation sociale est en passe de devenir l’un des plus puissants facteurs d’exclusion sociale. Mais qui cela fait-il frémir ?
Les tenants de l’asbl «loto», les aficionados du groupe « élèves» ? Certes non ! Ceux-ci fort de leurs réseaux et de leur bagage culturel sont arrivés à quasi monopoliser le discours sur l’école.

Par un astucieux tour de passe-passe les enjeux du décret, l’état de notre système scolaire n’ont plus fait débat. On nous a donné à voire jusqu'à saturation des files et des boules de Lotto. Et l’arbre a caché la forêt. Dans un même mouvement on a abondamment relayé le mal être, voire l’inquiétude de parents majoritairement issus de milieu favorisé. Et à nouveau l’arbre a caché la forêt.

Alors aujourd’hui, Infor Jeunes se fait un devoir de porter témoignage d’une réalité restée muette et invincible qui bruisse dans la forêt.
Depuis de nombreuses années déjà, nous accueillons au quotidien, des jeunes et des familles blessés dans leur rapport à l’école. Ceux-ci nous racontent combien il peut être périlleux de faire valoir son choix d’une école.

C’est une maman qui m’explique, que maîtrisant mal le français, elle s’est fait éconduire au secrétariat et n’a pu obtenir de rendez-vous avec la direction. Sa demande d’inscription n’a évidemment jamais été prise en compte puisqu’elle n’existe pas administrativement.
Vous avez dit égalité d’accès au service public ?

Cette maman blessée s’est sentie diminuée face à son enfant, peu crédible et peu efficace.
Vous avez dit soutien à la parentalité ?

C’est un jeune garçon en demande d’inscription en 4ème année qui s’entend répondre qu’il n’y a plus de place dans l’école , mais qui apprend quelques jours plus tard , qu’un voisin a été inscrit , après que lui-même aie essuyé un refus. Venu se renseigner sur ses droits auprès d’Infor Jeunes, nous lui apprenons qu’en tout état de cause l’école à l’obligation de lui délivrer une attestation de refus d’inscription. Le jeune devient fou de rage, l’école l’a berné, l’école lui a menti.
Vous avez dit éducation à la citoyenneté ?

C’est encore des parents qui nous disent avec leurs mots, que le directeur les a reçu mais qu’il les a découragés … « vous savez, votre enfant, je dis cela pour son bien , il ne va pas se sentir bien ici , les enfants peuvent-être méchants , il est trop différent ….ou encore une maman qui a fait des pieds et des mains pour inscrire son enfant dans une école dite réputée, qui y est parvenue, mais consternée,
constate que pour se faire accepter, son enfant s’invente des vacances en Grèce , pays qu’il n’a jamais visité .

Vous avez dit mixité sociale, vous avez dit « vivre ensemble » ou encore cohésion sociale ?

Ce sont d’autres parents encore, nombreux qui nous expliquent, que la direction de l’établissement a attiré leur attention sur le coût des voyages de fin d’études. Ceux-ci sont parfois prohibitifs. Ces efforts financiers ne sont pas à la portée de tous.
Vous avez dit gratuité de l’enseignement ?

Les témoignages que nous avons reçus sont multiples. Ils ont tous néanmoins des points communs. Les parents, les jeunes, après avoir affronté des refus d’inscriptions, font état de leur désarroi, du sentiment de rejet et d’impuissance qui les animent. Beaucoup disent s’être sentis humiliés, méprisés, voire diminués dans leurs rôles de parents.

Je suis convaincue, que l’on sous-estime fortement l’impact de ce « traumatisme ».
En effet, l’imaginaire des parents investi encore l’école d’espoir et de futur. Que l’on y prenne garde, s’il est un rôle dans lequel l’Etat est encore attendu en milieu populaire, c’est bien dans sa fonction d’éducation.
Alors, me direz-vous, pourquoi un tel silence, pourquoi une telle apathie ?

D’une souffrance et d’une humiliation vécue en terme individuel, il semble encore difficile à ce jour
d’accéder à une parole collective, à des revendications.
Nombres de ces familles ne bénéficient ni de réseaux sociaux étendus, ni du bagage culturel leur permettant un accès facile à la parole publique et aux médias.
Aujourd’hui, le débat sur l’enseignement est dominé par des concepts, qui de prime abord semblent éminemment « sympathiques». Tel que l’autonomie des écoles, le choix d’un projet pédagogique adapté à l’enfant et le libre choix des parents. Toutefois, déclinés en matière d’inscriptions, ces mêmes concepts présentent un visage nettement moins souriant. Laissé à l’appréciation des directions, l’expérience l’indique à souhait, l’inscription dans une école relève trop souvent du pouvoir discrétionnaire de la direction, du fait du prince.
Seul un processus de régulation collective peu offrir des garanties d’équité. De même, beaucoup de parents disent vouloir choisir une école pour son projet pédagogique, pour les valeurs qui sous tendent ce projet. Et pourtant en inscrivant leur enfant dans une école de la sélectivité, qui refuse de promouvoir la mixité sociale, ils font le lit de l’exclusion et de la discrimination. 
Drôle de choix de société, étrange processus de transmission des valeurs que voilà! Enfin, il me reste à répéter inlassablement, que la liberté, tant qu’elle n’est que l’apanage de quelques uns, s’appelle privilège ! 
Chantal Massaer