Ecole : lutte des places ou lutte des classes?

C’est la rentrée scolaire, et avec elle, il est apparemment de bon ton de déplorer les dommages collatéraux des différents décrets inscriptions.
Pour notre part, nous voulons avant tout rappeler le double mérite desdits décrets. Premièrement, ceux-ci auront permis de mettre véritablement au grand jour le caractère dual et profondément inégalitaire de notre système scolaire. Deuxièmement, en instaurant un système de régularisation, ils auront contribué à réduire un tant soit peu les inégalités à l’entrée du secondaire.
Que la réduction des inégalités n’est pas de nature à plaire à tout le monde, on le savait déjà. On le comprend encore mieux aujourd’hui à la lumière d’une étude menée par Pierre Marissal, chercheur à l’Université Libre de Bruxelles.
L’étude en question porte, en effet, sur l’indice socioéconomique des quartiers (en région bruxelloise) où résident les personnes signataires des recours portés auprès de la cour constitutionnelle, et visant l’annulation totale ou partielle du « décret inscription » du 18 juillet 2008. Les résultats sont sans ambiguïté : ils indiquent une surreprésentation des quartiers où l’indice socioéconomique est situé dans le haut de l’échelle, et un sous représentation des quartiers dotés d’un indice au bas de l’échelle (voir graphiques repris dans le communiqué de presse Ici… ). Bilan : douze fois plus de recours dans les quartiers riches par rapports aux quartiers pauvres.
Il y a donc lieu de remettre les choses à leur juste place, en prenant de tels éléments en considération, plutôt que de nous rebattre les oreilles avec la problématique des « sans-écoles » (cherchant vraisemblablement à susciter par là un rapprochement plus que douteux avec la situation des sans-papiers ou de sans-abris).
Car, dès lors que l’on est un peu plus au fait des enjeux socioéconomiques qui sous-tendent cette problématique, ne faudrait-il pas plutôt voir dans tout cela la marque d’esprits « sans vergogne », qui sous couvert de « libre choix » entendent maintenir leurs seuls privilèges ? (Notons au passage que la liste communiquée par la Communauté française, via divers médias, le lundi 31 août, et qui faisait état des écoles où il y avait encore de la place, regroupait un grand nombre d’établissements bénéficiant par ailleurs d’une très bonne image sur le marché, et ce tous réseaux confondus…).
En conséquence, il y a lieu de saluer les déclarations de la Ministre de l’enseignement, lorsque celle-ci s’engage à renoncer à tout retour en arrière et à garantir un principe de régularisation aux inscriptions.
Encore faudra-t-il que les futures modalités d’application soit à la mesure des principes énoncés, et que soit mis en place un authentique système de gestion collectif des inscriptions : seul garant de plus d’égalité.